"Comme dans un feuilleton brésilien, le premier qui meurt réveille l'autre."
mercredi 30 juin 2010
NORD - "Moi je suis l'antéchrist", mon hommage à feu l'impressario des Pistolets Sexuels
Brother of Arms Jean Charles De Castelbajac.
« Il est le frère qui m'a appris que transgresser faisait progresser, que la laideur pouvait se nommer beauté, que la perfection pouvait être dangereuse, que la mode était un medium puissant, que l'amitié pouvait rimer avec silence, et que "anthenticity vs karaoké" était le résumé de ce début de XXIème siècle. L'intelligence est impérissable, il est donc immortel, dans mon coeur en tout cas. »
Jean-Charles
Castelbajac, pour moi, c’était Elli Medeiros dans les années 80, très légèrement vêtue aux couleurs du drapeau uruguayen. Le monde de la mode, celui (ceux ?) de l’art contemporain m’ont toujours paru assez mystérieux, voire menaçants. Dans le texte pour Zadig j’ai écrit : la plupart de nos figures publiques ne sont pas pauvres. Ce n’est bien sûr qu’un aspect de la question. Tout le monde traite tout le monde de bobo, je trouve ça drôle. On se traite soi-même de bobo, par principe. Alors qu’on a du mal à payer le loyer. Le terme « bourgeois » est employé par chacun différemment. Une « scène » un peu élitiste à la Warhol est-elle bourgeoise ? L’anticonformisme est-il un luxe ? S’il y a là un genre d’équation à résoudre, je pense que l’hommage faussement banal de Castelbajac renferme, mine de rien, plusieurs de ses données. Marc E. Smith prétend que la Working Class et l’aristocratie, au sens large, ont en commun d’avoir leur propre sens de l’humour, et une bonne descente. Je suis moi, je crois, un pur produit de la classe moyenne. Méfiant. Bilieux. Chicaneur. Envieux, la plupart du temps. Pas loin d’être satisfait quand on me donne, eh bien, du pain et des jeux. Je me soigne. Dans la mesure du possible.
fm
Malcolm MacLaren (1946-2010) :
http://www.zadigbuchhandlung.de/modules.php?op=modload&name=zpages&file=index&req=voir&id=37&titre=In%20memoriam%20Malcolm%20McLaren%201946-2010
lundi 24 mai 2010
NORD SUD - Les Secrets de leur cerveau (Florian range ta chambre! 6+) : la même, avec nos borborygmes lisibles noir sur blanc
Latest tracks by Mutants Anachroniques
PREMIÈRE SEMAINE
À travers le carreau cassé de la perception approchait son rasoir — un traitement de pointe.
« Il croit que je sais rien du tout mais je sais ! »
(Au temps de l’adolescence les têtes ne sont pas tout à fait finies.)
Cruelles et affamées, pensa-t-elle encore, lui étendu sur un matelas mince, renfoncé dans ce visage : c’était là plutôt suivre des visions que de s’attarder aux draps sales, ce plaisir éprouvé à dépasser les bornes et le goût immodéré pour le sexe dont elle usait pour leur faire aimer des diagrammes montrant les bons gènes en verts et les mauvais en rouge.
(Ou bien était-ce l’inverse ?)
(Était-ce lui qui… ?)
Sur son profil elle cocha la case : « C’est compliqué. »
Ensemble ils l’examinèrent froidement, pansèrent ses blessures — « Toutes ces idioties sur les germes ! » —, séduits par son corps et ses muscles recouvrant les os pointus, durs comme le diamant. Frottèrent leurs instruments rudimentaires sur la fine couche de chair. Une façon d’agir relevant moins du lobe préfrontal que d’un égarement romantique dont la couleur, dans notre monde, s’est perdue au Brainwashing. Du genre :
« Je sais quand il va mal. »
« — Mais aussi, se justifie-t-elle, qu’est-ce que j’y peux s’ils me veulent tous comme maman ? »
DEUXIÈME SEMAINE
L’audace de leur méthode réside en ce qu’elle ignore superbement la distinction habituelle entre neurologie, étude du génome et vivisection : « Toute cette histoire d’ADN, il ne faut pas en faire une montagne, tu comprends ? » L’ère de la génétique théorique touche à sa fin. Alors qu’une génétique appliquée, pratique ou, plutôt, pragmatique, est elle appelée à fonctionner sur le principe, disons, des test de QI. C'est-à-dire qu’une fois définis un certain nombre de critères — ce qu’est l’intelligence, ce qui peut être considéré utile, — les aspects techniques et méthodologiques suivront pour ainsi dire d’eux-mêmes.
Florian ignore qu’une autre chose — tout à fait le profil d’un récidiviste, ivre de haine : un instrument long et fin — a été introduite dans la partie haute de ses orbites oculaires. Alors commence le lent et méthodique rituel. Avec sa voix au téléphone m’apparaît le pourquoi de leurs difficultés à évaluer les risques, à se motiver. Petite chose terrestre, une compassion prémonitoire m’envahit à l’idée de ce qui pourrait t’arriver — un tressaillement de bonheur.
Mais non. Nous allons te guérir (« Soit dit en passant : pourquoi s’arrêterait-on au soulagement du désespoir si l’on peut apporter des améliorations mentales, physiques ou comportementales ? »). Et tu nous aimeras.
Le « dégraissage » du cerveau est en marche. Tout le monde dehors.
SIXIÈME SEMAINE
Traînant leur sac à dos, leur lecteur CD vintage et leur portable plein à craquer du cerveau tailladé de Florian, décrivant ensuite des cercles avec le pic à glace (excellent antidote aux déviationnismes de tout poil), lui demeure l’éternel perfectionniste (parfois même il procède à l’introduction simultanée de deux pics à glace, un dans chaque main), elle trop enfantine.
Vite les comprimés de joie — comprimés de suite : le Sexe et le Plaisir vous recevez. L’os de l’œil est la partie du cerveau qui responsabilise les ados. Il est capable de dire : « Je vais serrer une ceinture en éponge autour de son cou taché, qui la recouvrira. »
« — Ce que j’admire le plus chez notre fils (car c’est un peu ce qu’il est, n’est-ce pas ?) C’est son cynisme. »
Les ados se trompent en interprétant les signaux émotionnels. L’esprit, conçu pour voir au-delà des apparences, devient un instrument inutile au temps des complots à ciel ouvert.
NEUVIÈME SEMAINE
Jour 4
« Note additionnelle : On remarquera que telle zone cérébrale chez les nouveaux sujet trahit une moindre excitation, comparé aux résultats obtenus encore à la fin du précédent millénaire, quand exposée à des stimuli comme l’audition de musique. La faute sans doute à tout ce, hum, comment dire — ici on entend l’opérateur trifouiller avec un bruit peu ragoûtant l’intimité de l’opéré — câblage… »
Position du nez — les yeux ne sont pas assez le véritable cauchemar, peut-être ? (La destruction de mes canaux lacrymaux, rumine-t-il en réajustant son impressionnante paire de lunettes, des lunettes de glacier munies sur le côté de coques en cuir, vos larmes sont de mauvaise qualité, m’ont-ils dit, elles sont mauvaises, mais qu’est-ce que j’y peux moi si leurs putains d’écrans sont PARTOUT !) Dans ma tête je nous lisais comme « un exemple de reconversion réussie », mais là, putain, c’est trop. Ta tristesse chimique empoisonne ma vie.
— VLAN ! —
Elle sait qu’il va revenir, encore et toujours dans un mouvement circulaire. Elle fixe la porte et attend, dans le plus pur style ado avachi. (N.B. : la substance grise, composée de neurones, et la substance blanche : les fibres nerveuses, continuent de subir d’importantes modifications structurelles bien après la puberté…) Prête à sortir son couteau acéré sur le marché de la génomique personnelle.
NEUVIÈME SEMAINE
Jour 5
L’homme aux verres miroir, de plus en plus convaincu de son instabilité, la tire de son sommeil. Le tissu collé à sa peau a des réalités qui saignent encore. S’approcher d’elle et tirer le drap. Agréable, animé surtout par les vertus domestiques. La lumière filtrant, l’apparition d’une pilosité aux aisselles et au pubis vit en elle.
Carreaux d’eau froissés — mouvement dorénavant ondulatoire et bleu d’orgone.
« Je ne sais pas, dit-il. C’est le cadre. J’ai l’impression de le charcuter sur l’établi de pépé. L’équivalent temporel de l’effet Doppler. Ses vibrations nous parviennent de plus en plus près, puis de plus en plus loin.
— Plus ou moins rapprochées les unes des autres. Objectivement tu n’y es pour rien. C’est lui.
— Et aussi nous vieillissons. Mais pas de façon linéaire. »
SEMAINES 10 à < ? >
Florian toujours à la cave. Du pus nauséabond coule de sa cervelle boursouflée mutée en corps caverneux.
Son calvaire durera jusqu’à une expression sentimentale, qui pour finir lui colle sous un sparadrap une gélule de vitamine E sur la joue et une autre dans chaque oreille. Enfin c’est arrivé. La bouche a plus de précision. On y trouve une grande expression de bonté, mais aussi les drogues, le rock’n’roll et les âmes dévorées de Jeter. Point, ici, d’individu mais un processus, qu’il est permis de modifier, ni inaliénable ni « sacré » (— Car enfin qu’est-ce qui décide du caractère sacré ? L’évolution est parfois très cruelle ! Qui a donné des droits aux chiens ? On a déjà les droits de la femme, les droits de l’enfant, etc. C’est à n’en plus finir ! Il faut remplacer « droit » et « sacré » par « besoins ».)
Autant dire que le Nobel est proche. Les deux « stars américaines » de la génétique se congratulent, la joie née de la conscience qu’ils ont d’avoir fait une découverte capitale les subjuguant au point de leur ôter toute retenue. Elle surtout : ses accès de colère, le goût du risque auquel elle est rivée naissent du même « programme », raccourci.
(Son programme à elle ne prévoit aucune sortie de crise.)
(…)
Santé, généalogie : vos gènes dévoilés pour 1000 dollars. Une dose de bonheur matin et soir. Trop d’accidents fleurissent nos routes. Désormais il sera possible de prévoir puis de suivre pas à pas (et en couleurs) les délires des éventuels futurs candidats aux illuminations rimbaldiennes, dont la calebasse n’est tout bonnement pas finie — c’est ça qui rassure. Notre méthode, ayons l’honnêteté de le concéder, ne saurait totalement endiguer l’inquiétude ressentie par nos jeunes à l’approche de la destruction finale de la planète, susceptible d’engendrer chez certains le genre de dérives caractérielles que nous avons observées chez notre principal sujet d’étude. L’évolution sera prévisible, les dérapages contrôlés, et, afin de prendre en charge les cas désespérés, la nouvelle limite pour l’avortement des fœtus fixée à 27 ans. Très prochainement nous devrions ainsi voir se mettre en place l’équivalent d’un système de prévention des pluies à l’intérieur des limites (physiologiquement détourées) du raisonnable.
À cela près, cette attitude que connaissent si bien les parents — rites d’initiation désormais surveillés à l’aide de puissants appareils à résonance magnétique — ne fera que commencer.
mercredi 21 avril 2010
NORD SUD - Florian range ta chambre! épisode 6 (audio): Mutants Anachroniques vs. Ghaal Von Drak

L’actualité NORD c’est un texte de Frédéric publié dans le n° 6 de la revue TINA. L’actualité SUD c’est Emma qui bovaryse comme il convient à sa fonction/constitution. L’actualité NORD-SUD c’est la mise en ligne du fruit de notre collaboration avec le mystérieux Ghaal Von Drak, Les Secrets de leurs cerveaux ― tout beau, tout neuf, un des meilleurs trucs qu’on ait écrit ensemble :
http://soundcloud.com/mutants-anachroniques
En plus on est jolis sur la photo...
lundi 22 mars 2010
NORD SUD - Lettres édifiantes (suite), la position du missionnaire: après l'effort le réconfort
« M'étant trouvé dans une de ces Missions pendant la Semaine-Sainte, j'eus la consolation de voir dans l'église plus de 500 [Indiens] qui châtiaient rigoureusement leur corps le jour du Vendredi-Saint [en] l'honneur de Jésus-Christ flagellé.... Mais ce qui me tira des larmes de tendresse et de dévotion, ce fut une troupe de petits Indiens et de petites Indiennes, qui les yeux humblement baissés, la tête couronnée d'épines, et les bras appliqués à des poteaux en forme de croix, imitèrent, plus d'une heure entière dans cette posture, l'état pénible du Sauveur crucifié qu'ils avaient sous les yeux. »
mercredi 10 mars 2010
NORD SUD - On s'appelle Mutants Anachroniques oui ou merde?
« SANS PARLER du tort que vous faites à VOS MAÎTRES en les PRIVANT DE VOTRE TRAVAIL, vous n’entendez point la messe les jours saints ; vous n’approchez point les Sacrements ; vous vivez dans le CONCUBINAGE, n’étant point mariés devant vos légitimes pasteurs… »
In Lettres édifiantes et curieuses, écrites des Missions étrangères, par quelques missionnaires de la Compagnie de Jésus. A Paris chez Nicolas Le Clerc, ruë Saint Jacques, proche Saint Yves, à l’image Saint Lambert. M.DCC.III [-M.DCC.LXXVI.]
jeudi 11 février 2010
NORD SUD - Retour à Carthage, Mutants Anachroniques vs. YSOGOL

CARTHAGE-VIDÉO est l’un des textes qu’on a lus chez Mycroft, ça fait déjà un bail — tiens : 2 ans presque jour pour jour ! Ce texte a aussi inspiré 3 morceaux à YSOGOL, le troisième étant plutôt un collage d’ambiances posant les bases d’une B.O. imaginaire :
http://www.myspace.com/mutantsanachroniquesvs
Ça c’est pour la musique. Pour ceux de nos très honorables visiteurs qui ne connaîtraient pas le texte lui-même, où ne s’en souviendraient pas, nous le repostons ici...
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Je vais, en l'absence de mon Dieu, conter au long et au large l'année vingt-neuvième de mon âge.
J'arrivai dans cette ville avec des fantasmes de proximité — le cloisonnement étant politique. Les artistes y rigolaient, sillonnant les rues à bord d'une Mercedes ou encore baisant chez eux devant la photo du chien, sans parvenir à soulager l'auditeur du poids d'un imaginaire germé entre les pages people de Gala. Quant à moi — avide misérablement de me gratter au sensible — j'étais sans appétit pour les aliments inrockuptibles.
C'est donc dans un mauvais parfum de conformisme pépère et d'intolérance franchouillarde que, pendu à mon bout de chair, je tendis mon cul en forme de tête d'insecte vers l'habitation voisine — se soulevant énormément pour qu'on voit bien que ça rentre et que ça sort —: espace public sans bannière, mais avec intertitres poético-licencieux. Là je tombai sur des individus en proie au délire d'orgueil, charnels à l'excès et bavards.
J'entrai dans cette industrie comme dans une boucherie —
Ô mirages de corps,
corps truqués !
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« Les culs seront japonais ou ne seront pas », déclarai-je pour garder une contenance.
J'en profitai pour scruter cette espèce de troisième pied — la dernière contemporanéité du corps — tandis qu'il s'enfilait sa capote comme un Adonis qui n'aime que lui-même. Je fus alors en grand émoi à l'idée que j'allais être contraint par nécessité de déposer ma charge sur le champ.
Il était avant tout Français, et très nationaliste de surcroît — d'où son air dégoûté et critique envers la touche « avance rapide » et mon sourire blanc… Ah, comme je m'en voulais d'être moins dans le besoin !
C'était en mai 98 — on a décidément les révolutions qu'on peut.
Je poursuivis ma visite. Le but recherché était de me sortir de l'environnement qui m'étouffait et d'avoir l'assurance de passer des moments inoubliables, de découvrir des plaisirs nouveaux et exceptionnels — mais les femmes étant coupées en deux, la pointe de mon intelligence ne pénétrait pas dedans. Aussi ouvris-je le catalogue des Derniers Etats du Corps publié par les rêves fétides de perfection surhumaine crypto-nazie.
Voici ce que j'y lus :
« Si l'on fait l'amour comme l'on a envie de le faire avec des cariatides électroniques rasées du pubis et carrossées chez Leni Riefenstahl, toutes les beautés inférieures que sont les lépreux sans crécelle de la classe moyenne arrivent sans prévenir, mais quand même prévenantes. Ils ne dissocient jamais l'action de la description méticuleuse, usant de leur langue inventive et con jusqu'aux derniers états de la pensée. »
J'allai donc de ce pas louer un des ces films pour hétéros où le cul est clinique. On y voyait — tournez-vous si ça vous gêne — une Américaine aux ongles hyper longs, hyper fluo, se faire enculer à mort par deux femmes en une seule : l'une énergique, indépendante et aventureuse, qui s'efforçait de trouver le bonheur, l'autre paralysée par la peur, par un sentiment d'insécurité, par la crainte de ne pas être à la hauteur avec ce bouchon en liège recouvert d'un préservatif mal ajusté à l'extrémité de l'appareil.
Il était déjà évident que leur relation ne marcherait pas — et, après les derniers déchirements de la fiction, je sus que rien de ce que je pourrais faire n'y changerait quoi que ce soit. Mais nous choisissons bien souvent d'ignorer les avertissements de simple bon sens que nous prodigue notre voix intérieure.
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Écumant les plateaux à la recherche d'un rôle qui ne serait pas en contradiction avec mes principes (s'accorderait avec les recommandations de mon thérapeute et ferait de la pornographie cette chose magnifique qu'elle n'aurait jamais dû cesser d'être), j'avisai la même actrice — celle aux deux visages — en train de se faire sodomiser par une grue de voirie.
C'était l'occasion que j'attendais (effectivement touché de loyale et sincère miséricorde, je pouvais même souhaiter qu'il y eût des misérables pour donner lieu à ma miséricorde).
Je lui avouai alors désirer avoir une relation stable avec elle, ou du moins essayer — si elle était d'accord bien sûr. Je voyais bien que la relation dans laquelle elle était présentement engagée la faisait souffrir, et qu'elle n'arrivait pas à s'en libérer — les femmes ne pouvant pas avoir de regard cynique sur ce qu'elles sont en train de faire, il faut les coloniser sur une idée de sentiment.
Dans les premiers temps suivant notre rencontre, je la vis devenir progressivement plus forte et plus indépendante — plus à même de voir ce qui lui faisait du mal. Elle parvint même à divorcer d'avec sa grue.
Las ! J’avais sous-estimé son degré de dépendance affective et sexuelle… Un jour, sur la petite plage privée de la vidéo où nous jonglions avec la quille romance et la balle sexe, je la vis courir se placer au centre d'un cercle de partouzeurs.
En dépit de ma propre souffrance morale, je posai sur eux un regard impartial et fis le constat de la totale absence de mélange — tous blancs, si sinistrement —, l'ordinaire de ces hommes consistant sans doute en de pauvres filles chez qui tout trahissait une profonde identité franchouillarde d'apprenties coiffeuses et sur lesquelles ils se vengeaient, sur le mode du coït industriel, des surgelés pas très frais de la veille. Quel dégoût m'inspiraient ces méduses bio-luminescentes ! Le soir même, je décidai de renoncer à ma carrière et quittai cette ville maudite, seul.
Elle avait fini par mourir, ma mauvaise, ma criminelle adolescence ! Au bout du compte, dans le porno, il n'y a que de la physique — et je trouve ça terrible.
jeudi 7 janvier 2010
SUD - Etude pour un concept album.
Un point de côté, à peine plus. Un stigmate invisible à l’œil nu à l’endroit où j’ai découvert qu’une autre t’aimait et que tu l’aimais en retour. Bien vite cautérisé par sa trahison. Toi comblé, j’aurais eu béant, un gros trou rouge sous la jupe. Là, ça ne se voit pas. Je peux tout à fait aller à la piscine, mettre un maillot de bain sans attirer les regards curieux qui feraient semblant de regarder ailleurs en fixant l’aimant de la plaie.
2B
A ce point passer inaperçu alors que le monde danse. Quelque part j’ai du mal faire.
C3
Y’a du sang partout. Tu t’es fait mal dans la salle de bain ?
D4
Comme Juliette je suis amoureuse d’être amoureuse. Jumelle par artifice, juste pour te plaire, une histoire arrangée comme une bouche peinte. Je sais que je ne t’aime pas. Je te désire, tu apparais. Je frotte la lampe d’Anaïs.
E5
Ton tréma me dit ho hisse. Pour rien je crois. Juste pour vérifier si je prends une fois encore la peine de me hisser jusqu’au sommet de ton torse. Ça marche à chaque fois.
F6
A force de gueuler dans le noir je ne produis que du silence.
7G
J’ai mal là où tu m’as touchée. Parfois.
8H
‘reaching the high end of low… Tu fredonnes. Le balancement de tes hanches épouse le mouvement basse/batterie.
9I
J’écoute tes disques. Je me surprends à parler comme toi. J10 Je t’aime ad libitum. Juste parce que tu n’es pas là et aussi parce que ça fait joli.
11K
Tu t’es choisi un nom que je ne peux pas prononcer. Sous peine de mort.
L12
Monsieur de Seingalt. A ton doigt je suis chevalière des tropiques plus que poupée de salon.
13M
Miroir mon beau miroir, Dis-moi que je suis La plus…
N14
Tu t’effeuilles et puis rhabilles ton tronc nu. Tu rallumes, tu hésites.
Anaïs. Le N un L, le A un O.
Ton non de code qui veut dire oui.
O15
Tu effaces ton profil. Reste des réponses où figure ton prénom à des messages dont les questions ont disparues. Et ta page où tu barbouilles le sang qui te sort du cœur puisque sur cet organe le pansement ne tient pas : trop humide.
Je te vois enfin de face.
P16
‘scuse me ?! Sorry ! Can you tall me how to get to hope road please ? (With strong cockney accent).
17Q
Le cul n’est pour moi que l’initiale du quotidien. J’attends beaucoup plus.
18R
Penchée sur ton cahier tu ne me vois pas debout derrière ton dos. Je regarde ta nuque. Et deux secondes – 1, 2 - j’hésite entre le sabre et le baiser.
S19
Nous sommes devenus amis en juillet, ce joyau qui pend à l’oreille d’une nubienne et lui caresse la joue de son éclat diamantin. Tu t’appelais alors Roméo.
T20
Je me suis réveillée dans ton lit ce matin du premier jour de l’année. Tes pèle-mêles au mur m’ont fait sourire jaune. Tes peluches crades, je les ai trouvées moches. Ton père nous a prêté la maison. Il est à Oklahoma city jusqu’à demain. Quand l’océan a sauté la barrière et pénétré dans le jardin – comme un qui se coule dans le recoin d’une porte pour mieux épier – sans pitié aucune pour le vieux chien ventre gonflé baudruche à quatre pattes à la surface, je n’ai pas eu peur, je n’ai rien fait. Je ne me suis doutée de rien. J’ai fixé le bout de mes pieds, longtemps, et l’eau qui affleurait au bout des semelles parce qu’il n’y avait plus d’horizon.

Ce que je fais là, c’est que je te tue et toi tu ne te doutes de rien, tu ne sais même pas que tu es en vie. Ma chose, mon amour, ma chimère.
22V
Anaïs a deux faces. Et c’est pile le bon côté de son petit personnage.
W23
Ce n’est pas évident de se jeter comme ça à la tête d’un auteur. Je me suis dit, elle va se sentir empêtrée avec ça, elle ne saura quoi pas en faire après qu’elle se sera donnée un peu de lustre avec ma brosse à reluire. Elle ne comprendra rien ni ce que ça a de capital. L’histoire, elle va tomber à côté.
Une déclaration ça doit être désiré. Tombée du ciel, ça s’écrase.
24X
Je rêve de toi toutes les nuits. Toute une vie qui se tient ailleurs.
Peu savent qu’il faut sortir de son corps pour jouir. Avec toi tous les soirs je fais des NDE.
Y25
Tous les jours je porte du rouge à lèvres, des talons aiguisés, des griffes peintes, des robes qui laissent tout deviner, des bagues serpent, du fard pour faire s’échouer les marins et un joli petit rire qui découvre les crocs limés de mon vouloir toi.
Tout ça est totalement gratuit et disponible à l’instant même où je passe la double porte de l’ascenseur.
26Z
D4, G7, 11K… Ni touchée ni coulée ! Dans l’ordre comme dans l’autre.
Je suis un grand éclat de rire.
Je sautille sur ton porte-avions.