"Comme dans un feuilleton brésilien, le premier qui meurt réveille l'autre."
mardi 20 mars 2012
jeudi 9 février 2012
NORD SUD - Elections II
mercredi 1 février 2012
NORD SUD (force de l'axe) - Elections I
"Enfin, on ne peut pas dire qu'il y ait des chômeurs à Rome. Ce n'est plus cela. Il y a des hommes... qui ont travaillé hier, qui travailleront demain, et qui de ce fait sont presque plus occupés que celui qui travaille aujourd'hui ; car celui-ci n'a que sa besogne ; tandis que l'homme qui attend, rêve au travail qu'il faisait et au travail qu'il fera ; il aime les deux, il parle des deux ; et il est débordé !"
dimanche 1 janvier 2012
SUD - Et tout ce genre de conneries qui saignent
En visu : un quadrilatère plane d’où saillent deux mains gantées de latex chirurgical et une queue présucée backstage. Chaque fesse est saisie et très légèrement écartée l’une de l’autre pour éviter au piston tout effet de rebond catastrophique. Sous l’effet de tension qu’induit l’empaumage, la cible fronce et blanchit de peur ou se dilate et rosit selon que le cul a le gout de l’enculade ou non. Dans le premier cas, la douleur s’étoile en fissures qu’illustre un cri rauque masqué par le cliquetis des bouteilles qui s’entrechoquent aux à coups de la cadence mécanique. Balistique remplissage. Il faut oublier ce train train, il faut oublier le corail qui conduit aux coquillages et aux humeurs marines. Amour d’été station balnéaire. Saquer le velours. Click tchak.
Ta poésie n’a plus de frein. Sectionné flaque rouge sur le bord de la baignoire eau glacée. Froidure contre douleur. Tu décalottes plus vite hors les rails, sans rideau rouge, la chair crue baladée au bout des dents de la fourchette. Quand je dis non c’est non dit-elle, peut-être dit-elle, pour te faire moins peur. Peut-être pas toi tout seul, peut-être vous trois. Peut-être bien qu’elle s’imagine maniant trois pistons en maîtresse des machines. Défigurée ta gueule sous un poster appartenant à cette fille qui a bien plus d’une idole à la place de sa main dans le noir. Un corps frôlé dans le métro. Sans image. Je veux fermer les yeux mais ce sont mes cuisses qui se serrent et au moment où je descends ma main, je regrette d’avoir éconduit le passant. Je jouis sur sa queue imaginaire mais son visage j’en ai oublié jusqu’au moindre trait. Tu n’as pas d’œil. Et ça te déplait. Tu mets l’option de côté, tu l’évites à la fac et ainsi il n’y a pas du tout d’histoire. Ta poésie n’a plus de frein et strictement rien à raconter. Maintenant tu regrettes.
Tu prends un train corail. Ce seul nom te fait endurer le manque de cette chose que tu n’as jamais eue. Donc jamais perdue et pourtant. Manqué l’arrêt station balnéaire. Manqué l’option embrassez-la courte amour vite quitter simple. Pour calmer la panique et meubler l’attente jusqu’à l’hypothétique prochaine gare tu te projettes en paroi interne interdit aux moins de 18 ans. Tes doigts violent un goulot de bouteille. Tu n’as l’air de rien. Absolument inconsistant à l’œil passager. En mode mineur à quarante ans passé tu tournes en boucle sur le périph circulaire. Le centre du cercle est effacé.
dimanche 4 décembre 2011
SUD - Aussi isolée qu'une île entourée de sa propre mer.

Traduction ©Emmanuelle Moulin-Desvergnes.
Tu sais comment tu sais que quelqu’un ment ? demande-tu.
Ils racontent la même histoire à chaque fois, jusqu’au dernier mot.
Alors que quand ils disent la vérité, ça n’est jamais la même chose deux fois de suite.
Ils reformulent.
Ciaran Carson, The Shadow.
... car nous avons le droit d’être séduit.
Dave Hickey, The Invisible Dragon.
L’une des choses les plus intéressantes à propos de la photographie en tant qu’art relativement nouveau est que le discours des photographes à propos de leur travail constitue également un genre relativement nouveau. Et Arbus, à ce qu’il me semble, était exceptionnellement bavarde ainsi qu’exceptionnellement enthousiaste et bien disposée à énoncer clairement ce qu’elle pensait être en train de faire, on ne peut plus attentive à ce que ce discours soit une forme d’échange bien singulière.
Parfois Arbus part de la position diamétralement opposée, sans affinité, sans aucun désir, comme issue de l’aliénation, comme si la non pertinence du sujet était la condition préalable au travail. «Les Chinois ont une théorie» écrit-elle, «que nous passons de l’ennui à la fascination, et je pense que c’est vrai. Je ne choisirais jamais un sujet pour ce qu’il représente pour moi ou ce que j’en pense. Vous n’avez qu’à choisir un sujet et ce que vous ressentez à son égard, ce que ça veut dire, apparaît peu à peu si vous choisissez pleinement un sujet et que vous vous y tenez suffisamment.» A Washington Square Park elle part de la fascination, ici c’est un aboutissement. Ici cet aboutissement résulte d’un choix apparemment arbitraire et d’une insistance opiniâtre. Mais dans sa dernière formulation le photographe est bien plus encore, et bien plus évidemment encore, signifiant : c’est la révélation du ressenti et de la signification. Le photographe vous rapproche non pas de l’objet mais de l’appréhension qu’a le photographe de l’objet.
C’est astucieux et troublant, tant dans son allégresse que dans sa gravité. Comme dans certaines de ses meilleures photos, on est quelque part entre le gimmick de comédie - «Je les adorais. J’adore encore certains d’entre eux. Je ne veux pas dire qu’ils sont mes meilleurs amis» - et la fable existentielle. A la fois dans l’irréel – choses, légendes, personnages de contes de fées, aristocrates – et dans l’intensément vrai : ils ont vécu leur trauma en premier lieu, «ils ont déjà passé le test. Ce sont des aristocrates». Ils viennent pourrait-on dire, d’un angle très légèrement différent, d’un «coin» pour utiliser un mot d’Arbus, un peu comme les Juifs, nés membres de l’aristocratie du trauma.
Vous n’avez pas besoin de regarder des photos de phénomènes de foire ou même de photographier des phénomènes de foire pour vous prouver que vous n’êtes pas un phénomène de foire vous-même. Alors pour poser une question pragmatique, à quoi les photographies d’Arbus servent-elles ? Pourquoi les photographier, et les photographier comme ça ? «Les freaks sont une chose que je photographie beaucoup. C’est la première chose que j’ai photographiée et cela a produit une excitation extraordinaire en moi» ; la première chose, c'est-à-dire après les mannequins de mode qu’elle a photographiés avec son mari dans les années 40. Il est possible que les freaks ont été le moyen pour elle de trouver sa propre voie en matière de photo. Cela mérite donc de se demander en conclusion ce qu’était cette voie propre.
mardi 8 novembre 2011
NORD SUD - Amy sort un disque
C’était prévu qu’elle meurt ?
« Et ben j’m’en fous, pasc’que… elle se droguait trop, c’est pas bien et… c’est pas cool quoi. »
S’élèvent ça et là des voix discordantes :
« Les chanteurs, enfin, les personnes célèbres, ils meurent un peu prématurément et c’est ce qui fait un peu leur talent, donc c’est un peu dommage mais en même temps ça permettra à ses titres de rester un peu dans la légende… »
Voix discordantes bordel, bien la peine de vous avoir payé ces cours de solfège. De syllogismes. Votre i-truc à commande vocale, votre épilation radicale. Votre école privée de stars-TV. Comme l’autre, là, avec sa fondation. Pas top comme retour sur investissement, je trouve moi jeune parent. Non mais. Tout ça pour une fille qu’a pas été foutue d’se faire refaire les dents, ni l’nez vu qu’justement elle s’est tout foutu dans l’pif.
« Elle a bien marqué les gens avec son côté trash. »
Ce mec dans les années 70 qui portaient des lunettes noires la nuit. Non pas celui-là, l’autre. Son autodestruction ils la lui enviaient, en un sens. Ils auraient voulu l’imiter. Ou ils le plaignaient. Avaient peur. La peur loge au cœur de l’abondance, on admirait qui paraissait y échapper : sans inhibitions, et pour cause (héroïcisation de l’anesthésie !). Mais elle c’est une tout autre époque, les amis, une tout autre époque…Elle on la voyait partout et leur vrai plaisir, c’était de se foutre de sa gueule.
Le people diffère de la star d’autrefois, fait pour être moqué autant qu’envié. Artiste d’un suprême talent ou blaireaux baisant dans une piscine sur un plateau de téléréalité, qu’importe. Même Sarah Palin fera l’affaire. L’identification désormais au lieu d’un avant-goût, certes trompeur, de réussite, fournit au peuple (We Are The People) un moyen supplémentaire de se mépriser soi-même. Comme l’Ancien Régime était cascade de mépris, le nouveau nouveau régime s’est réinventé foire aux humiliations.
« À l’époque » ses business partners, quels qu’ils soient, se sont évidemment assis sur les enregistrements.
Pas assez bon ― ante mortem.
Ce qui n’est que murmuré comptez sur eux pour le lui avoir dit à elle : ni fait ni à faire, pathétique, faible, somnambulesque. En un mot : insortable. Les morts sont les vrais pros. Regardez Madonna. Et puis aussi, la relève est assurée.
In reverse.
Au tour des parents de passer à la télé. Les générations explosent dans l’univers expansé. C’est la vie.
lundi 31 octobre 2011
NORD - In extremis. Pas la gravure mais la plaque.
Une personne dont les avis m’importent m’a fait justement remarquer que les Mutants n’avaient soumis aucun texte à des revues depuis notre participation en 2009 au n°8 de La Passe. Non que nous n’ayons pas eu également des textes refusés, mais ces refus datent de la même période, soit un an avant la parution de mon roman. Emma et moi avons donc décidé de garder pour l’heure sous le coude le produit de ce mois d’octobre pourtant très studieux (premier du genre depuis longtemps pour le jeune père que je suis). Qu'en ferons-nous exactement, je n’en sais rien. Sachez, toutefois, cher comte, que vous avez perdu le plus beau spectacle que le goût ait imaginé et qu’une galanterie noble ait jamais exécuté. On y a représenté la chaste forteresse de la beauté assaillie par le désir.
En plus c'est vrai. Enfin, c'est une façon de le formuler.
L’un de ces textes, écrit par Emma seule, sera publié ici bientôt, tandis que l’autre, créé en commun, poursuit sa mue en vue d’être réduit de 17000 signes au tiers. Une telle entreprise de remodelage produit généralement une foule de versions intermédiaires, plus ou moins achevées, si différentes les unes des autres qu’on pourrait presque avec cela alimenter le blog pendant un an sans vraiment rabâcher. Le problème, bien sûr, c’est que c’est la dernière qui compte !
Le format blog rend volubile. Soit qu’on y poste son avis sur tout et n’importe quoi, ses « coups de cœur », des billets d’humeur ou des articles quasi quotidiens, soit qu’on s'y lance, comme nous, dans des sortes de voyages expérimentaux au long cours, comme je serais tenté de qualifier nos cut-ups retravaillés, délibérément narratifs mais jalonnés de rencontres improbables à la façon, peut-être, d’une Alice moderne. Dans la susmentionnée épopée de 1700 signes, par exemple, se trouvait à l'origine une scène où, dans la salle de billard du manoir métaphorique des sommités du monde contemporain, Slavoj Žižek bourré insultait copieusement Gabrielle Wittkop parce qu’elle était végétarienne. Celle-ci pendant ce temps tenait, en fumant le cigare, des propos à la Houellebecq sur la prostitution asiatique. Un passage très bossé, mais ça reste le genre de conneries que tu racontes plutôt chez toi, à des amis, et c’est pourquoi j’ai coutume de dire que le blog est ma maison.
J’aime être lu. Pourtant, en ce qui concerne NORD-SUD, je n’ai jamais fait trop d’efforts pour améliorer les statistiques de fréquentation. J’y teste des idées. Emma aussi. Sans NORD-SUD je n’aurais pas écrit mon livre, en tout cas pas le même. Mon post du jour anniversaire de la chute du Mur de Berlin, par exemple, s’y retrouve presque dans son intégralité. Il nous faut maintenant réfléchir aux types de contenus qui nous permettront d’être fidèles à la vocation originelle du blog : être le lieu d’un dialogue entre nous, ouvert pourtant sur l’extérieur (putain là je deviens super pompeux, j’arrête !). Peut-être plus de « matériaux bruts », de citations croisées ou pas (ci-dessus, Schiller).
En bref, le blog est notre QG, il est aussi pour nous un réservoir d’idées à développer, dans les mauvais jours un crash-test, parfois un désert, mais il doit se lire avant tout comme une correspondance. Emma s’étant évadée trois jours, cap toujours plus au SUD, à Barcelone, j’attendrai donc sa carte postale.
FM
