mercredi 11 septembre 2013

NORD (si on veut) - 9.11.1973

"Ayant nos vices, vous aurez bientôt notre politique (...), l'avarice est une passion impérieuse et sotte. Elle vous persuadera qu'il faut faire la guerre pour augmenter vos richesses : vous aurez une Carthage commerçante et guerrière à la fois, et son ambition, entée sur l'avarice, voudra dominer sur ses voisins, et les traiter en sujets (...)."

Gabriel Bonot de Mably, Observations sur le gouvernement et les loix des Etats-Unis d'Amérique, 1784.




Photo anonyme publiée par le New York Times.
Salvador Allende le jour de son "suicide" (11 septembre 1973).

jeudi 1 août 2013

NORD SUD - "Au fumoir" 3 (et demi, pour solde de tout compte)

Troisième et dernière VARIATION autour du texte GAMMES paru dans DISSONANCES n°22. Comme dit dans le post de mai, la plus récente livraison de cette même revue contient, elle, un texte d’Emma : Leçons de ténèbres.


AU FUMOIR, on commence à trouver que ça fait UN PEU CHER, les leçons de piano de la petite. Surtout pour qui est attaché à la notion d'investissement rentable.

{IMAGE} Girl at Mirror {français : Fillette devant le miroir} Norman Rockwell, Norman Rockwell Museum, Stockbridge.

{IMAGE} Pubertet {français : Puberté} Edvard Munch, Nasjenalgalleriet, Oslo.

{IMAGE} iPod – pink (French edition) {français : iPod – rose (affiche française)} artist unknown, International Poster Gallery, online.

De quel genre de pipeau doit aujourd'hui jouer la fragile créature organique XX pour se faire entendre ? Pas la bonne, l'autre : la fille bien ? À défaut du carrosse BMW, certes toujours envisageable (il ne faut jamais baisser les bras), guignant consolation la citrouille Louis Vuitton, l’interview FHM ? Prospect évidemment plus réaliste qu’à tabler sur l’égalité salariale (ici ce n'est pas tant une question d'argent, que de visibilité, d’insertion) --- enfin bon ça va, hein, ON N’EST QUAND MÊME PAS EN THAÏLANDE !









« La prostitution asiatique n’a pourtant jamais cessé de s’exercer sous toutes ses formes, avec ou sans colonialisme, avec ou sans tourisme, corrige la baronne Gabrielle W. qui justement revient de Bangkok. Inutile de s’en émouvoir. »




Tirant sur son cigare, la baronne n’en peste pas moins contre le tourisme de masse, ces prolos européens auxquels les voyages devraient être interdits, la photo certificat d’exotisme quand l’amateur de bière et de football sera de retour à Bois-Colombes, Kaiserslautern ou Bruxelles, et captive les hommes habituellement blasés qui peuplent le fumoir avec ses aperçus ou insights sans concessions sur la vie en Asie :

« J’aime les marchés de tous les pays, sauf ceux où sont vendus des animaux vivants, dont la détresse me déchire et me révolte. »

{IMAGE} Tragic Anatomies: Mirror, Mirror On The Floor Your Dad’s A Prick Your Mom’s A Whore {français : intraduisible} Jake & Dinos Chapman, Saatchi Gallery, Londres.

Retour de tonton Žižek (Jean-François Kahn, à l'inverse, est parti pour de bon), par l’odeur du Brandy alléché :

« Qu’est-ce qu’elle dit ?
― Elle dit qu’elle est végétarienne.
― ??.. Peuh ! Degenerates ! They’ll turn into monkeys. »




{IMAGE} The Bride Stripped Bare by Her Bachelors, Even (The Large Glass) {français : La mariée mise à nu par ses célibataires, même (le Grand Verre)} Marcel Duchamp, Philadelphia Museum of Art, Philadelphie.

Au fumoir la vrai logique des vrais hommes se pare, on le voit bien, des atours les plus contrastés.









Le cycle s’achève, un peu en queue de poisson.

Mais détendez-vous. C’est les vacances.



{IMAGE} Girl Interrupted… {français : La Leçon de musique interrompue} Johannes Vermeer, Frick Collection, New York.

jeudi 18 juillet 2013

NORD SUD – Addenda à la première variation sur le texte GAMMES, post du 16/07/12 (un an déjà)

Dans un esprit très Eisenstein nous avions fini sur une scène de foule -
"Manichéisme. Le Sacre du Spring-Break."
Complément d'information :
l'endroit du décor.





Là direct on comprend mieux. Tannhäuser. Les enjeux philosophiques. Tout ça.



mercredi 19 juin 2013

SUD - ArielRemixed



Statue dans un musée rempli de courants d’air. Ma nudité menace ta sécurité. Tu t’écartes comme des murs ébahis. Toute la nuit son souffle de papillon vibre. J’écoute. La main laisse une trace épidermique de son violent retrait. Tout le matin depuis ce matin sombre. Fleur ignorée, j’organise des listes. Mes os renferment le silence. Les cris de mes propres enfants font au loin mon cœur fondre. Garantie à vie. Ça travaille ça fait à manger. Et ça parle. Vous avez un trou, c’est une ventouse. Vous avez un œil, c’est une image. C’est intenable tous les aujourd’hui. Je suis scellée. Je brûle et me consume. De la cendre saupoudrée sur le lac. La nuit, ça claque des ailes. Et part, toutes griffes dehors, chercher de quoi aimer. Avec mes cheveux d’algues je sors et dévore les hommes. Dévore les hommes comme l’air. Un petit restant de vie. Un dernier feu. Et puis bientôt plus rien. Aussi faut-il s’embraser séance tenante. Pupille stupide et dilatée. Comme la lumière se pose sur ces murs, ce lit, ces mains, je ne suis personne. Les explosions ne me concernent pas. J’ai abandonné mon nom. Je n’en ai jamais eu. Perdue, mes bagages m’encombrent. Sur la photo de famille, les sourires s’accrochent, petites griffes mesquines. Moi dans l’angle mort. J’ai laissé les choses filer. Ainsi amarrée. L’eau monte. Me voilà nonne maintenant. Carmélite à usage privé. Je reste couchée les paumes offertes, complètement vide. Personne ne me prête attention ou l’on me dévisage. Ombre de papier découpé. Origami ingénieux : on dirait qu’il flotte alors qu’il pèse. Je n’ai plus de visage. Les gens je les déçois. Epave rouille de rouge d’un moteur. On dirait que les murs s’animent eux aussi. Malaise saboteur. Malaise kamikaze. La pulpe du cœur affronte sa petite meule de silence. Poupée souillon. Brisée brisée. Jusqu’à ce que ta tête soit une pierre. Je lève une main de barbelés rouges. Je suis cette demeure hantée par un cri. Silence s’enroule. Vampirisée par cette chose obscure qui sommeille en moi. Tout le jour je subis son manège, je souris par-dessus l’insistance de la voix. Il faut payer pour regarder mes cicatrices. Il faut payer - et très cher ! - pour avoir un mot, un geste, un peu de sang. Voilà Herr Ennemi. Au marché mon cœur rouge fleurit incroyablement mon manteau. Que suis-je si ces bouches et moi pas. Silence s’enroule. Que suis-je ? Une eau verte ouvre un œil malade de tout ce qu’il a englouti. Virulence immobile. Au balcon les choses brillent. Les choses. Voici le flanc d’un homme : les côtes rouges. On se croirait devenu propriétaire d’un saint. La date toute nue grave dans l’argent ses chiffres qui disent : au compteur de l’alliance une année de plus. S’avance une nouvelle avec son ciel de sourires réservés pour plus tard. La fleur des fiançailles a épuisé sa fraîcheur depuis longtemps. Je gis desséchée entre les draps. L’herboriste est toxique et négligent. Comme le meurtrier, il n’a pas de visage. C’est la faille isolée. L’erreur lente qui tue, qui tue. Derrière la vitre, le monde remue. Caresse papier de verre. Tout ce qui vient du dehors me fissure. Pas de stase. Quelqu’un quelque part est foutu. Sans reflet, contrairement au cygne, l’homme-araignée m’a capturée. Il voudrait me faire dormir dans son réduit minable. Me faire passer un concours pour turbiner à La Poste. Conserver tous mes bouts. Sauve-toi relique ! Mes doublures s’accrochent à ma coque, pressantes comme des sœurs, stigmates en plein centre. Si tu savais combien de jours ces voiles m’ont tuée. Pour toi ils sont transparences, limpidité de l’air. Pas même insignifiance arachnéenne réclamant le cagneux du balai. Bouteille dans quoi je vis. Assassinée tous les jours en pleine lumière sous le sceau du licite. Tu n’as qu’une jambe et je boite. Je regarde ma robe de mariée qui me raconte pourquoi. Je suis seule avec moi, trempée jusqu’à la taille, mourant d’envie de dire quelque chose de définitif. A la rigueur avoir quelque chose en tête comme l’Amérique. Mais haine à ras bord. Haine à ras bord. Triple du morne. Triple du rien. Triple bouchée de cendre. Epluchures, couches, acétylène. Triple jupon de putain. Sous le châle maillé, le corps dépouillé de ses velours, si peu royale et même scandaleuse. Qu’importe de récurer l’évier trois fois quand je porte le même T-shirt sale depuis sept jours. J’essuie les assiettes avec les cheveux longs des servantes de la Longue Dame Disparue. Dehors, le monde a lieu. Et puis, soudain : paupière de lézard, la nuit se referme d’un coup sec, les doigts piégés dans un tumulte de clefs. Tout est en rang de tes ordres. Jusqu’à ma chair hérissée. Sourire limaille de fer. Je me maquille en clown parce que ça me fait moins peur.
Il n’y a pas de terminus. Juste des valises d’où se déplie la même identité comme un costume brillant d’usure aux poches autrefois pleines de vœux. Il n’y a pas de terminus. On ne va nulle part et on ne descend pas. Il n’y pas de terminus.

vendredi 10 mai 2013

SUD - Autopromo in tenebris

Un texte de EMD - Leçons de ténèbres -
vient de paraître dans la vingt-quatrième livraison de la revue DISSONANCES.
Du mal, des coups et du mal, voilà tout ce que vous avez mérité pour ce début de printemps.

lundi 15 avril 2013

NORD - "Anomalies INCOVAR" in La Passe n° 17



De nouveau un court texte de FM dans LA PASSE, numéro 17 : une "passe" justement, expérimentation collective initiée par Tristan Félix, disciple de Kantor et des frères Quay qui co-dirige la revue avec le flegmatique Philippe Blondeau.

Il nous tient à cœur d'ajouter que ce numéro, par ailleurs placé sous le signe de la poésie roumaine, renferme une véritable gemme signée de notre très jeune mais scandaleusement doué ami et "protégé" (comme s'il en avait besoin !) Alexandre Nicolas-André : Les Statues.

fm+emd

Points de vente : Galerie-éditions L. Mauguin (75005), Librairie Compagnie (75005), La Hune (75006), L'Ecume des Pages (75006), Le Flâneur des 2 Rives (75006), Le Monte-en-l'Air (75020), Librairie Publico (75011), Lady Long Solo (75011), Halle Saint-Pierre (75018), Librairie Anima (75018), Librairie Le Rideau Rouge (75018), La Lucarne des Ecrivains (75019), Le Merle Moqueur (75019), Librairie du Labyrinthe (Amiens).

jeudi 21 mars 2013

NORD – Expo « Bowie Is » au Victoria & Albert Museum : Chronic’art / La Vie sur 5



Et donc voici le LIEN VERS MON ARTICLE, plusieurs fois différé et repris, fin janvier, pour intégrer l’actu galopante du Blitzkrieg médiatique bowien :


MAKING OF :

Merci à Emma de m’avoir éclairé sur la signification du titre et la pochette du dernier Bowie. Puisque We Can Be Heroes juste une journée, m’a-t-elle rappelé, eh ben The Next Day on se retrouve comme des cons.

Aussi lorsque, après le succès PLANÉTAIRE de mon roman Valeursajoutées, j’ai entrepris, à l’été 2012, d’écrire sur Bowie, mon état d’esprit était-il celui qui, d’après l’intéressé, présida à la création Low : “Let’s just pull down the blinds and fuck ‘em all…”  Comment prévoir que seulement quelques mois plus tard, l’univers entier allait se jeter sur mon « sujet d’étude » à la manière d’une harde de zombies affamés ?

Cette semaine Bowie et son retour surprise sont dans le Figaro Madame. C’est dire. L’album The Next Day est sorti le 11 mars. Mais le top-départ de ce revival inattendu avait été donné dès novembre, avec l’annonce de l’expo David Bowie Is au Victoria & Albert Museum. Immédiatement, ou presque, je me suis vu offrir l’opportunité d’écrire un papier sur cet événement follement événementiel, pour un site animé par le docteur es hype Thierry Théolier et dépendant de Chronic’art.

"Et voilà", en français dans le texte...
Incidemment, l’expo débute ce samedi, 23 mars.