"Comme dans un feuilleton brésilien, le premier qui meurt réveille l'autre."
jeudi 2 juillet 2009
SUD - Assise (FLORIAN RANGE TA CHAMBRE! part 3)
3.
C’est dimanche, la petite est scotchée devant la télé depuis ce matin. Ils sont brièvement sortis de la chambre pour nous faire manger à midi. J’ai plus de piles dans mon walkman rose energetic groove. Je viens m’asseoir à côté d’elle. Ça halète et ça gémit dans la chambre du fond. Électriques, les pulsions accélèrent comme si quelqu’un prenait une branlée. Des coups nets et secs, répétés, sur le ventre et sur les cuisses. Je monte le son de la télé. Ça claque sec et puis un cri qu’on étouffe. La porte s’ouvre, le corps disparaît dans la salle de bain. La chair sous l’eau j’imagine. Le bruit de la douche. Rapide. Re-claquement de porte. Je vais fumer une cigarette sur le balcon. J’ai treize ans. Bientôt je serai un écrivain célèbre. Ça devrait m’arriver vers mes dix-neuf ans. Un bouquin fracassant et surtout ma vie. J’ai une vie tellement déjantée que les journaux ne savent plus où donner de la tête. Toutes ces fêtes, les yeux camés jusqu’à la rétine. Même Bowie est amoureux de moi. Tout Paris, Londres et même New York se prostituerait pour passer ne serait-ce qu’une nuit à essuyer mon vomi. Je marche la tête haute, j’ai l’air si fière, je me fous de tout. J’ai un corps long et fin, des cheveux long aussi, des petites dents en porcelaines et depuis que je shoote, mes yeux restent verts tous le temps. We can be heroes — just for one day.
Depuis que je l’ai rencontrée en colonie de vacances l’été dernier, on se voit presque tous les samedis après-midi. Elle m’a emmenée pour la première fois dans un café remplis de mecs et de nanas super bien fringués comme elle. Avant ce mois de juillet aux Baléares, je portais de longs pulls rose tricotés par tatie. Depuis, ça a été une vraie révélation pour moi — là bas, je me sentais comme une pauvresse avec mes chemises La Redoute à côté de cette déesse brune un mini short kaki et T-shirt blanc — j’ai fait un effort. J’ai supplié maman de me payer un sweat Chevignon vert et un de ces jeans ultra large et hors de prix qu’ils ont tous. Mais rien à faire, je ressemble toujours à une paysanne en goguette. Je me dis que tout ça n’a finalement pas grand-chose à voir avec les fringues, c’est un truc que j’ai pas. Samedi dernier une de ses copines a dit c’est quoi cette plouc ? J’ai fait semblant de rien entendre. Arrête elle est vraiment adorable ! Adorable ? Putain, j’aimerai bien. Ce café, en fait c’est plutôt un bar, fait boîte de nuit le samedi après-midi. Tous les garçons et les nanas les plus populaires de collèges de Bordeaux y vont. En bas y’a des glaces partout et tout le monde s’agite devant selon une étrange et unique chorégraphie tribale. Ne regarder que soi, ne danser avec personne, sauf si la personne en question vient se mettre derrière toi (ce qui signifie en général qu’elle veut sortir avec toi). Alors là, tu danses mais sans te retourner, en regardant vos deux visages et vos deux corps avancer et reculer devant la glace. Les bras font des espèces de moulinets de bas en haut. J’ai essayé de choper le truc, pas fastoche. En fait j’ai assez peur d’être ridicule. Le plus souvent je reste assise et je regarde. Personne ne vient me parler et je ne parle à personne. Le soir quand je rentre, j’ai la permission de 19 heures, je me sens terriblement vide. Je mets mon walkman rose energetic groove sur les oreilles et je monte dans le bus :
I walk in a room, you know I look so proud
I'm movin' in this here atmosphere, well, anything's allowed
and I go to this here party and I just get bored
until I look out the window, see a sweet young thing))
Pourtant, si quelqu’un voulait me priver de ces samedis après-midi, j’en mourrai je crois.
À SUIVRE.
jeudi 4 juin 2009
NORD - Blog Is Not Dead, FLORIAN RANGE TA CHAMBRE! continued: part. 2 & 3
(Beauty n°)
2.
Merci, cher Florian, de te faire de nos idéaux de jeunesse une idée si haute. Si tu veux tout savoir, au risque de paraître faire de la provoc à deux balles, je me crois fondé à affirmer que la seule chose à laquelle j’aspirais quand j’avais ton âge (au risque de paraphraser une alors fameuse interview du chanteur du groupe de hard Wasp, qui sous son hideux maquillage chiffrait dans les 40 ans : autant dire que pour nous il était grabataire), c’était: tirer un coup. Je pensais très sincèrement que la fin des temps peut-être, la fin de ma vie à coup sûr seraient venues avant que j’y parvienne.
Cette idée absurde, selon quoi nous aurions de tous temps entretenu ce « rêve » d’harmonie familiale et de stabilité serait-elle à imputer à ceux des trentenaires ou quadragénaires actuels pour qui « le couple » et « les enfants » constituent, il faut bien te mettre ça en tête, un genre d’ultime tentative pour NE PAS ressembler à leur parents ? Lesquels, s’ils se sont souvent mariés jeunes, ont à peu près tous divorcé ? Sans doute le fait que mes propres parents m’aient si longtemps dissimulés la désintégration déjà consommée de leur union n’est-il, à l'inverse, pas étranger au peu d’empressement que j’ai montré jusqu’à ce jour à me convertir à l’idéal de la famille ressuscitée. Le cadavre pour moi est encore trop frais.
On finit bien par se mettre avec quelqu’un parce que, tout seul, c’est trop dur. Vivre ensemble c’est trop dur, alors on se sépare.
Pour nous comme pour vous, tout est trop dur.
Tu vois !
On est faits pour s’entendre…
Au fait ça ne te dérange pas si je rentre avec vous, je veux dire : toi et ta petite copine, là ? --- (L’expression m’est à l’instant re-surgie toute armée de mes défuntes années en tant que guide touristique : le pater familias caractériel d’un consanguin lobby enkysté au sein du groupe que j’accompagnais s’était convaincu, sans jamais le dire tout à fait explicitement, que j’étais non seulement gauchiste, mais aussi juif et « pédé » : avant d’écrire à ce sujet une lettre incendiaire aux responsables de l’agence de voyage, poussé par sa moitié qu’embarrassaient ses perpétuelles vociférations, il s’était mis en peine de me faire un cadeau, une mini bouteille de champagne ou mousseux achetée dans l’avion qu’il me remis « à condition » qu’abjurant, clause non formulée, mes mœurs sodomites, je m’engage à la boire, clef du code : « avec la petite copine ».) --- Elle est bien jolie, je trouve, poursuit-il, émoustillé autant par cet aparté mémoriel que par le souvenir d’innombrables heures perdues sur Suicide Girls dot com. Surtout ne faites pas attention à moi. Je resterai tranquille dans mon coin. À m’occuper de mes petites affaires. Mieux que toi des tiennes, à ce que je vois, mais c’est bien normal à ton âge — le sexe adolescent dans l’odeur des chaussettes sales — l’odeur des chaussettes sales bourrées dans un sexe adolescent (trop propre l’éros juvénile, qui pourtant occupe partout le devant de la scène, d’étranges courts-circuits pulsionnels précèdent le crash inévitable d’un idéal payé à crédit : demeurer jusqu’à 60 ans cette mince jeune femme sans cellulite, ce garçon gagnant à digestion rapide* !) — des cendres sur le tapis. La morsure barbelée d’un appareil dentaire de jeune fille. L’auréole d’un maillot de foot (+pour chauffer les stades, on met sur les podiums des danseuses de 17 ans*) --- Comme Gide et William Burroughs et Lewis Carroll, j’aime la jeunesse. Même désespérée. Même nihiliste. Du moment qu’elle baise. Au moins ça me change de la mienne.
« Je ne dirais pas ça, moi !
— Toi, Emma, c’est différent. Ces choses ne t’ont jamais posé de problème. On en a déjà parlé. Quand je t’ai tuée.
— Je me rappelle.
— Trop top.
— Arrête, il ne parle pas comme ça le petiot : c’est un intellectuel de 15 ans. Mais tu as raison, il est joli. Ils sont tous les deux jolis. »
Vous êtes sûr que ça ne vous pose pas de problème ? Avec ce clitoris qui ressemble plutôt à une bite — mais qui n’est pas tout à fait une bite quand même —, cette écriture bien évidemment androgyne, mais pas sur un mode binaire. Si EMD est aussi Christiane F. (l’Emma provinciale à 13 ans se rêvait droguée et prostituée), alors moi F. Moulin je suis selon toute probabilité le type à la Mercedes qui la ramasse devant la gare de Bannhof-Zoo. En revanche fm+emd demeure irréductible à la somme de ses parties. Génitales, naturellement :
Tournez-vous si ça vous gêne.
//
3.
FTU — Female To Unknown — « Cette tactique qui nous semble le signe de l’interchangeable. »
Mais non. Il faudrait bien plutôt parler d’une « indifférenciation ». Qui dans le cas du petit bonze FTU en battle-dress, éphèbe égérie de Cynthia (c’est cela qui m’a le plus frappé dans le documentaire de Cynthia sur la transsexualité : la différence de discours, ou plutôt non : de ton, entre les différentes générations de transgenres), se teinte, je le crains, de véritable indifférence, indifférence pour tout ce qui n’est pas sa mission pionnière d’habiter l’entre-deux, inhabité car inhabituel — même à ceux, plus âgés, qui ont conquis le droit de passer la frontière, de muter d’un sexe à l’autre, avec encore, cependant, l’idée d’un passage de l’autre côté : « Je croyais être fait comme mon père, puis on m’a dit : Tu es une petite fille. » --- « Je voulais être un garçon. » --- « Je me sentais une femme. » --- Tandis que notre petit moine mâtiné de Lara Croft, du haut de ses 20 ans et des poussières, porte un tout autre regard sur le théâtre des opérations, refusant de troquer une identité contre une autre qui aurait été, elle aussi, préalablement définie.
Disant « liberté » là ou d’autres avaient dit : « solitude ».
On associe souvent — soit par ignorance, soit, pour les intéressés, mû par la nécessité et le sentiment d’une communauté de combat — transsexualité et homosexualité. Deux notions qui ne sont pourtant pas du même ordre, ici : « Qui j’aime », là : « Qui je suis ».
« J’ai été une fille, et je ne me reconnaissais pas dans ce qu’on attendait de moi en tant que fille. J’ai voulu devenir un garçon, mais ce qu’on attendait d’un garçon je ne m’y retrouvais pas non plus. »
Vois-tu, mon petit Florian, ce qui, pour nous, constituait au mieux un dilemme (dont toute résolution se heurtant à l’inertie sociale pouvait mener cependant au combat, sur le mode héroïque : la lutte contre la psychiatrisation ouverte ou rampante des choix d’identité sexuelle aura-t-elle constitué en la matière l’ultime de l’ère collective et militante ?) est devenu pour vous un jeu. L’identité un champ d’expérimentation sans limites admises. Sans limites et sans règles — or un jeu sans règles n’est plus un jeu, mais une Quête sans plus de fin. La quête sans possible aboutissement définit ce qu’on appelait jusqu’ici : RELIGION. Ce culte d’Ego alors que le Moi (comme le montre l’exemple du sinistre monsieur Moulin) est désormais insauvable, voilà qui fait donc une religion tout à fait crédible — une réalité sociale objective dont la nature, sur le plan subjectif, est d’être sans issue.
Question naïve : si toute norme ou valeur n’est rien d’autre qu’une construction qui possède une utilité sociale, tant que cette utilité persiste, de quel droit prétendrons-nous la déconstruire ? Parce que sans doute nous vivons déjà dans une autre utilité sociale, qui peine à se reconnaître comme telle.
L’homme doit être surmonté. No man’s land.
La norme est un frein à l’innovation. C’est, en substance, le constat que fait notre petit moine. Ses aînés, les pionniers transgenres, étaient « en crise ». Pour eux de façon très personnelle et irréductible la norme établie imposée était une greffe qui ne prenait pas. Dans l’un comme l’autre cas je n’ai pas la prétention d’avoir « bien » compris, encore moins de confisquer leur parole : je dis comment simple récepteur — mais bien sûr cela ne saurait être, quiconque prétend absolument au monopole de sa propre compréhension, tout geste devant être interprété pour être humainement perçu, ne devrait pas seulement se taire mais se cacher — j’entends leurs propos, tels que restitués dans le film**. Et, surtout, ce fossé entre la parole douloureuse et du plus jeune le silence souverain.
Dans une philosophie occidentale rarement fondée sur le cercle (pour cause de nécessaire Progrès), étrangement circulaire apparaît pourtant le classique : « Je pense, donc je suis » — qui suis-je ? Celui qui pense, naturellement. Or si au lieu de cela tu dis : « Je me construis » ou, mieux : « Je m’invente », qui est ce « Je » qui te construit et t’invente, s’il n’existe pas encore ? — Une « mutation anachronique », je suppose.
Narcisse n’est pas Florian, et n’a nul souci de la fin du monde. Narcisse a cette intelligence de la révolte postmoderne qui ne revendique aucun objectif défini, mais la liberté de tendre --- Neverland est son domaine, Vendredi son fardeau. (Notons que ce Neverland n’a rien, ça alors rien du tout, de celui d’un dégât collatéral de 50 ans abîmé exsangue — doublement littéral — sur ses millions. L’erreur fatale croisant Narcisse serait d’oublier combien véritable est sa beauté.) +On sait ce qu’il est advenu de la nymphe Echo :
(…)
The Beautiful Ones, they hurt you everytime.
À SUIVRE.
* [les deux fois : bouts de phrases repris, très librement, d’un entretien avec Benjamin Barber paru dans le n°2 de la revue Ravages, consacré à « l’infantilisation générale » et où figurent par ailleurs d’importants articles de Paul Virilio et Bernard Stiegler.]
** [« L’Ordre des mots » : un titre qui nous renvoie, précisément, à la médiocre perméabilité de notre entendement structuré par (un certain état de) la langue : le genre, le nombre.]
mercredi 20 mai 2009
NORD/NORD SUD - Interlude papier: La Passe n°8.
(Veuillez par ailleurs noter comme se laisse ici le caractère intrinsèquement parasitaire de toute rhétorique, puisque cette information figure déjà noir sur blanc, ou quelque chose dans le genre, dans le titre du post.)
C’était important pour nous d’y être, dans cette revue, à cause de la place de choix qu’elle réserve aux formes d’écriture collectives, aux passages de relais littéraires, etc. J’ai beau avoir été taxé récemment de narcissisme, je crois comme Joë Bousquet qu’il n’y a pas de parole poétique qui ne soit réponse… Une dimension de la littérature souvent occultée, incontournable pour nous qui avons formé le binôme fm+emd :Mutants Anachroniques, et cela même si aujourd’hui nous travaillons de nouveau tous deux parallèlement à des projets autonomes — un extrait (alors encore, je crois, à l’état d’ébauche) du work in progress d’Emma a d’ailleurs été posté sur le blog voici quelques mois.
Je ne vous imagine pas, juste parce que vous aurez lu ces lignes, vous précipiter toutes affaires cessantes faire l’acquisition de la revue afin d’y découvrir ou redécouvrir notre contribution. Mais bon, les Parisiens, n’hésitez pas à y jeter un coup d’œil si jamais vos pas devaient prochainement vous mener dans l’une de ces librairies :
Anima, 3, rue Ravignan dans le 18e – Halle Saint-Pierre, 2, rue Ronsard, à nouveau dans le 18 - Compagnie, 8, rue des Écoles, dans le 5e (sauf confusion de ma part ils ont toute une salle au sous-sol dédiée aux revues) – Galerie-Éditions L. Mauguin, 1 rue des Fossés-St-Jacques, 5e – La Lucarne des Écrivains, dans le dix-neuvième.
Les heureux habitants d’Amiens trouveront La Passe à la librairie du Labyrinthe, 37 rue du Hoquet. L’Orange Bleue est toujours à Orange, chers amis sudistes si vous n’y trouvez pas ou plus d’exemplaires, vous y trouverez au moins une des deux auteurs de X (notre contribution, donc), tapie dans la brume électrique. Gaffe, car Emma, sphinx redoutable, est connue pour déchiqueter impitoyablement tout client incapable de déchiffrer ses énigmes et qui s’aviserait, en prime, de marcher sur ses chaussures en daim bleu. C’est une métaphore, bien entendu. Enfin je crois.
fm.
lundi 27 avril 2009
NORD SUD - Florian range ta chambre ! (Part 1)
Florian, 15 ans, n’a pas achevé de faire vibrer ses points de suspension que, n’y tenant, plus — BAM !— je te l’ai descendu d’un crochet au menton, répété en matant Mohammed Ali sur ESPN Classic Sports et qui le laisse crachant sur le trottoir au moins 3 ou 4 de ses putain de dents de lait, non mais quoi, oh !
D’abord qui t’es, le merdeux, pour croire savoir ce qu’on avait dans la tête quand on avait ton âge ?
Et aussi, la prochaine fois que je me traîne dans un rade perrave pour vous voir jouer, toi et ton groupe de merde, ne va surtout pas t’aviser de m’accueillir encore, mais alors là JAMAIS PLUS, en m’appelant la dame de la librairie, OK ? Je sais que ça te paraîtra pathétique, mais vu que comme tu l’as fort justement souligné nous allons tous mourir, je ne vois pas pourquoi, en prime, il me faudrait vieillir.
Combien de temps avant la fin, tu dis ?
Alors merde, à 33 ans, avec un bon antirides ça devrait le faire.
(A SUIVRE...)
samedi 18 avril 2009
jeudi 2 avril 2009
NORD - Pourquoi ANIA ET LE PROGRAMMEUR est le (deuxième) meilleur groupe du monde (après les Mutants Anachroniques)
Chère Emma,
Plus je vieillis et plus la musique que j’écoute est violente. L’évolution inverse, m’indique-t-on, serait plus normale — note qu’on m’indique beaucoup de choses les pictogrammes dans le bus dans le métro partout me renseignent en permanence sur le sens de la marche — serait de meilleur augure quant à mon état de développement intellectuel, déjà difficile à apprécier du fait de mon refus, jadis, de me soumettre au test de QI qui nous avait été proposé au lycée — comment, dès lors, comparer ? Bowie était mon dieu. Le tien aussi. Par ailleurs j’écoutais de la Cold Wave et ses succédanés un rien trop vaporeux, car je me sentais triste. Je ne me sens plus vraiment triste. En colère, oui. Tout le temps. Bientôt votre médecin vous dira : « Ne vous inquiétez pas, c’est juste un cancer » — excusez-moi de ne pas trouver ça rassurant, j’ai tout compris de travers je sais bien mais c’est que vous savez, I have anger issues --------------------------- Aujourd’hui -------- je fais le compte de mes priorités, j’essaie de m’autodiagnostiquer et eux avec, raisonner en termes de pertinence, y’a pas photo, juste derrière sortir me procurer une arme mettre une balle dans la tête de Messieurs X et Y puis ne pas oublier Mme Z, moi qui pourtant suis calme discret presque timide disent les voisins, la second best thing to do là maintenant tout de suite pour toi eux aussi je crois c’est de virer ce shuffle de merde auquel nous faisons confiance pour nous « surprendre » et écouter d’un bout à l’autre et en hurlant — casser des trucs, OK mais à soi sinon c’est chez nous qu’on viendra coller des pictogrammes — le premier album d’Ania et le Programmeur.
Bien sûr pour le peu d’allemand et de français que je comprends, nulle part dans Die Kir(s)che Auf Dem Kopf il n’est question de renverser la société défier l’autorité faire tenir son patron dans le coffre d’une Volkswagen — qui d’ailleurs doit être devenue une voiture de luxe — mais, plus probablement, d’amour, forme d’aliénation tout à fait respectable qui arracherait des cris de souffrance à n’importe quel être humain même anormalement constitué parce que soit on y croit, soit c’est une arnaque, et dans les deux cas ça fait aussi mal --------- Comme tous ces groupes garage des années 60 qui hurlaient qu’ils voulaient baiser récupérer leur copine pas récupérer leur copine de toute façon baiser, et c’est de ça qu’est sorti ce Punk Rock sur lequel chers contemporains vous écrivez tant de bouquins érudits : « No Fun ».
Du premier titre, « Ich Bin Müde », se dégage une impression d’absolue évidence, cette vélocité ventre à terre — Hüsker Dü, Landspeed Record : ici plus surprenante car la violence sonore des rythmes électroniques relève généralement plutôt d’une verticalité affolée d’électrocardiogramme terminal, cf. la suite — m’a fait repenser à un article lu vers la fin des années 80 pour la sortie de V.U., « l’album perdu » du Velvet Underground. Comme quoi à l’écoute de ces enregistrements on réalisait que derrière leur boucan, Lou Reed et les autres n’en étaient pas moins avant tout un grand groupe de rock’n’roll ----------------- ce terme, rock’n’roll revêt en Europe un caractère presque péjoratif, l’appliquer à la musique sans concession d’artistes comme Ania et le Programmeur tient presque de l’hérésie ----- Qu’était-ce, à l’origine, le rock’n’roll ? Tu récupère une musique qui existe plus ou moins déjà, un genre de défouloir sexuel peut-être, tu vends aux gens des disques sur lesquels danser --- danser headbanger pogoter slamer diver, RIEN À FOUTRE pourvu que. Mais c’est aussi grosso le seul médium (en fait toute musique sincère jouée par disons des autodidactes ou non régie par des critères d’appréciation bien arrêtés) ayant permis à des gamins virés de l’école à des prolos à des inadaptés non pas un ou deux façon Genet Artaud mais des milliers d’ouvrir leur gueule, et d’une, mais aussi de couvrir par LEUR boucan (on y revient toujours) le radotage migraineux bruit de fond du monde tel qu’il va et qui fait qu’on ne s’entend plus penser. Donc oui, Ania, et vous aussi sachez-le Mr le Programmeur ------ c’est un compliment.
Formuler un compliment, plus qu’une critique, c’est un truc qui m’a toujours été difficile. Je veux dire aux gens combien ce qu’ils font ou disent me touche, ou juste à quel point j’apprécierais (au moins théoriquement) coucher avec eux, et ça ne se passe pas bien. Va comprendre. Hanri le chanteur guitariste du groupe, que j’ai croisé mais alors très brièvement, est ce type d’apparence taciturne à qui j’aurais voulu ressembler sans doute, il y a longtemps, quand je parlais trop. Celui qui s’assoit dans un coin et qui ne dit rien et s’il porte des lunettes noires jamais ne se sentira obligé d’expliquer qu’il a mal aux yeux — je porte des lunettes noires parce que j’ai mal aux yeux. Plusieurs de mes amis se sont foutus en l’air au propre ou au figuré pour, comme qui dirait, être lui, --------------- voilà maintenant qu’il faudrait lui dire ------------------ cet effet hallucinant sur sa voix, en concert ça m’a transporté littéralement parce que si tout le monde le fait, c’est malgré tout différemment et pas sur ce timbre ----- voix androgyne, indifférenciation sexuelle (Thierry Théolier ne s’y est pas trompé quand il a commandé au binôme la BO de « Baiser avec une Boat People », histoire, peut-être, de remettre le titre en perspective) — mais indifférenciation n’est pas neutralité je le sais bien j’écris avec toi : une fille, c’est peut-être le garçon je ne sais plus d’ailleurs le Programmeur c’est qui dans l’histoire ce n’est pas clair, ------ où chercher, peut-être, la clé de cette teinte presque funky, non réductible à des données musicales, qu’acquiert en live la musique d’Ania et le Programmeur, ne jamais oublier que c’est Prince qui a signé : « Computer Blues » -------- et donc je leur dirais ça, est-ce que je veux vraiment m’en prendre une ?
Ce qui nous attire, nous capte, non j’ai tort : ce qui, plutôt, nous retient tout en nous ayant d’emblée frappé chez l’autre — objet d’amour sujet objet artistique — relève toujours d’une quelconque aberration, seule à même de différencier, faute de quoi pas d’évolution possible, ni non plus d’amour. Car l’amour, non la loi du plus fort, constitue le vrai moteur de l’évolution. Pourquoi crois-tu que les lions sont toujours aussi cons au bout de ces millions d’années ? L’amour est ce qui nous porte vers des individus bizarres, pas comme les autres, dont la singularité (tenant parfois à un détail infime) possède seule le pouvoir de tirer l’espèce de son abrutissement. Même chose en art. Même chose pour la musique. Juste après le concert à la Mécanique Ondulatoire de novembre 2008 évoquant, donc, ce traitement de la voix et même des voix auquel j’ai fait allusion je t’écrivais : « Pas moyen de savoir si elles étaient mixées en avant ou l’inverse. Elles avaient l’air de dominer la musique mais, alors que le salle était petite, pleine comme un œuf, elles me parvenaient comme lointaines, semblables, dans mon esprit (si j’ai peu pratiqué les drogues j’avoue avoir contracté la mauvaise habitude de mélanger alcool et anxiolytiques pour vaincre ma timidité), aux échos dispersés d’un discours politique diffusé par haut-parleurs sur une place venteuse devant le Palais du Peuple de Tirana. » Bien sûr, j’imagine que lisant cela le groupe ne s’en sentirait pas nécessairement flatté ------ j’ai déjà parlé de mon problème, pour signifier à une fille qu’elle me plaît vraiment je lui dis qu’elle a une drôle de tête bouboule, ou une robe rigolote, ou une forme d’esprit incompréhensible -------- merde aussi, j’ai appris aujourd’hui seulement la mort du guitariste de Pylon (mon groupe fétiche), alors crois-moi je n’écrirais pas une ligne au sujet d’Ania et le Programmeur si leur album n’était pas purement et simplement mon préféré de tous ceux que j’ai entendus depuis un bout de temps ------ La mécanique peut forer ondulatoire, trop bien huilée elle tournerait à vide. J’aime ce qui est binaire et direct pourtant perverse Machine à différences. On y est en plein.
Qu’Ania et le Programmeur soient de Berlin, où est né dans les années 90 le mouvement Digital Hardcore (ou du moins le label de ce nom) n’est sans doute pas un hasard. Je me souviens d’Atari Teenage Riot en première partie de Nine Inch Nails dans une très grande salle à la toute fin des années 90 (difficile quant on use des outils musicaux choisis par Ania et le Programmeur de ne pas produire ne serait-ce qu’un morceau évoquant NIN : dans leur cas « Alcool », mais plus souvent on pense à d’autres groupes proches : Prick, etc.) --------- putain, les gens partout autour de moi LES HAÏSSAIENT ----- ne se privaient pas de le faire savoir, au traitement appliqué aux premières parties on peut juger du degré d’évolution d’un public, V/S en face, cette fille bottée tous cuissots dehors (je me la rappelle boulotte, ils étaient 2 filles et 2 garçons je crois), ayant pris position à l’avant de la scène — pris position au sens le plus martial, comme on monte au créneau, sur les barricades : triste métaphore post-historique, j’en conviens — et qui hurlait les haranguait jubilante : « Atari Teenage Riot : come oooooooooooooon !!!!!!!! » ---------------------------------------- je n’ai plus une note de leur boucan mais encore sa voix dans ma tête, très exactement un échos de joie pure donc ce n’était pas si triste, cette parodie d’insurrection après tout, aujourd’hui Ania et le Programmeur n’ont pas l’usage d’une telle mise en scène, elle retranchée (et donc : quoique,) derrière ses machines, la même joie la même sauvagerie mais convertie hiératique, liturgie orthodoxe mais barbouillée peintures de guerre.
Le Berlin d’Ania et le Programmeur, c’est entendu, est plus celui d’Alec Empire que celui de David Bowie et Brian Eno, quoique ---- « Ich Habe Eine Kir(s)che Auf Dem Kopf » — toi qui est autant que moi marqué par le Kreuzberg fantasmé de Heroes, ne trouves-tu pas qu’ici, à force de te le retourner à la pelleteuse de le pulvériser au bulldozer le groupe transmue le nouveau Berlin, éternel chantier, en un soulèvement poussière fumée de gravats onze septembriste qui charrie finalement des lambeaux de paysages mélancoliques tels que la guitare de Robert Fripp savait les faire deviner, à travers une bruine d’électricité presque plus électronique que l’électronique d’alors ? -------------- (faute de voies romaines à exhumer : elles ne sont jamais parvenues jusque là) --- Avancer un rapprochement avec Neubauten serait bien sûr encore plus tentant, la filiation « industrielle » — Blixa Bargeld a récusé le terme, le réservant à Throbbing Gristle — mais en dépit d’un nom peut-être prémonitoire — Einstürzende Neubauten, « bâtiments neufs promis à la démolition », c’est ça ? — le Neubauten des débuts avec ses marteaux piqueurs se trouve rejeté plus radicalement encore dans le passé de la capitale In Off de l’Allemagne, ------ ces machines qu’on entendait seulement travailler, aujourd’hui on les entend PENSER. Ania et le Programmeur paraissent d’ailleurs avoir en partie assimilé, consciemment ou pas, le son d’artistes berlinois à l’électro plus intimiste, du type Laub et autres groupes du label Kitty-Yo — en témoigne un titre comme « J’ai découpé dans le journal ». Dans l’ensemble, à l’exception notable d’une tuerie menée sur presque une douzaine de minutes par le duo visiblement déterminé à se doter de son propre « Sister Ray », intitulé « Pourquoi tu pleure ? », la fin de l’album multiplie les moments presque calmes, sinon apaisés — « C’est super pour moi » devrait être offert en téléchargement gratuits à quelques artistes français afin de les convaincre de passer moins de temps à entretenir leur barbe de trois jour, et un peu plus à régler (ou dérégler) non plus leur tondeuse mais leurs instruments, ce morceau tout comme « Women » auraient d’ailleurs aussi bien pu être interprétés avec un simple orgue Hammond ou à l’harmonium, ils resteraient bons. Peut-être est-ce pour ça que le groupe parait si sûr de sa force, n’éprouvant pas le besoin d’ouvertement se placer dans une quelconque lignée, à l’inverse d’ATR qui en 95 samplaient les Pistols et reprenaient « Kids Are United » de Sham 69.
Dans une interview diffusée sur le site de Noize Makes Enemies (pirater ainsi l’acronyme du New Musical Express est une idée assez savoureuse), Hanri revient sur la naissance du groupe : « Ania n’avait jamais fait de musique auparavant mais j’avais besoin de quelqu’un en qui je puisse avoir confiance. Nous avons commencé à répéter seulement quelques jours avant notre premier concert à Paris » --------- des circonstances et une motivation — « Je n’avais jamais été dans un groupe, confirme Ania, pourtant quand Hanri a parlé de faire ça ensemble, c’était un truc vraiment excitant: j’ai commencé à travailler avec des machines, des samples, etc., quelque chose à partager » — qui sont très exactement celles ayant présidé à la genèse de la plupart des groupes issus de ce qu’on a pris l’habitude d’appeler « l’explosion punk », ----- dix bouquins là-dessus sortent chaque jour, une bonne moitié écrites par des ex-thésards pas foutus avec toute leur finesse d’analyse d’éventer le Cheval de Troie sémantique d’une explosion posée d’entrée comme phénomène une fois observé circonscrit dans le temps, prélèvement d’échantillon et inventaire mythologique — la MYTHOLOGIE chronologiquement ordonnée à la différence du mythe antique quoique est le grand ®enfermement , histoire des mouvements de jeunesse et épiphénomènes artistiques exemplaires, statufions vitrification définitive complicité involontaire de mise au pas : STASE ------------ alors que merde, ce qu’est une EXPLOSION, au fond, est-ce que n’est pas plus fondamental un dégagement d’énergie, jusque là tout le monde est d’accord, mais bien aussi une réaction chimique en aval comme en amont — le temps n’est pas cette chose rigide — réaction en chaîne et pourquoi pas également par sauts dans l’infini se traduisant par la libération dans l’atmosphère la nature l’univers connu malléable d’un PRINCIPE ACTIF ? Et putain de bordel de merde, comme disait une de nos amies biélorusses, si pour un Hiroshima (doublé Nagasaki) nous devons nous fader le nucléaire ad vitam aeternam, par quelle pseudo nécessité faudrait-il qu’il en aille différemment s’agissant d’une force autre, potentiellement émancipatrice ?
On a dit du Velvet Underground que très peu de gens les avaient vus ou entendus du temps de leur existence, mais que parmi ceux-là une bonne moitié avait fondé un groupe. La même observation s’applique aux débuts des Sex Pistols. J’écoute encore beaucoup de musique des années 80, sauf que ce n’est plus la même que j’écoutais à l’époque. Je ne comprenais rien à ce qu’essayaient de faire les groupes des labels SST, Twin/Tone, K ou Dischord — le slogan alors à tous familier, « Punk’s Not Dead » me paraissait une survivance pathétique, surtout venant après le No Future des Pistols ------- là encore je ne comprenais pas ----- qu’il s’agissait en fait d’une revendication concrète, d’une affirmation d’indépendance --- DiY --- la défaite, la soumission ne viendraient que plus tard, dans les bacs désormais étiquetés « Rock indépendant » et aménagés en niches, au DiY s’est substituée la HYPE mais la défaite est relative et le principe demeure. J’explique à Eric Arlix cette révélation tardive de l’essence du punk, il me demande sceptique : « Et pour toi ce serait une approche qui serait encore valable ? », je lui réponds par de vagues bredouillis, voir plus haut : alcool+anxiolytique, faut vraiment que j’arrête, mais ce que je voudrais dire en réalité c’est : « Sans doute pas. Mais malgré tout je l’espère très sincèrement car de mon point de vue c’est un peu la même chose que toi tu fais » ------- (Là encore il s’agit d’un compliment promis au malentendu) (Dans mon optique le Punk, le Pop art ou plutôt l’art Pop, l’Agit-prop et tous les –ismes, symbolisme expressionnisme sont moins des « mouvements » circonscrits à une période donnée que des modes opératoires réactualisables au prix, certes, de nécessaires mutations dont notre génie génétique offre l’exemple — jusqu’à Dada car si le monde est un théâtre l’art, comme le reste, peut y mourir plusieurs fois) Certes, je n’irai pas nier que la musique N’EST PLUS, à elle seule, principe de décrochage mental autonomisation de la pensée même mal dégrossie ------------------------- pas de mystère à ce qu’Ania et Hanri ne fassent PAS QUE faire de la musique ou faire cette musique ou faire du rock, peuplant les marges différemment — on y revient toujours. Mode dans son cas à elle. Art. Pour toi et moi littérature, après avoir créé une dynamique d’écriture collective qui longtemps n’eut pas de nom, après avoir créé le site, improvisé des moyens de donner forme à ce qui en nous bougeait (— et jusque là était mort, étudiant en 1991, à mon amie Laure qui se plaint de la vieille garde qui nous tient à l’écart, nous empêche d’exprimer ce que nous avons à dire, agacé agaçant je réponds: « Nous n’avons RIEN à dire ! »
La musique bien sûr reste nécessaire qui fait bouger également les corps, l’anima propulsé de l’avant. Qu’importe que les candidats de la Star Ac’ et de la Nouvelle Star soient très nuls ou presque bons, qu’importe que l’une des émissions soit plus répugnante que l’autre ! ----- Tu prends des jeunes tu leur dis comment danser chanter, faisant des observations sur leur personnalité ou ce qu’elle devrait être, ça veut dire quoi ? — (hors le fait qu’on nous signifie à TOUS que L’ÉCOLE ne s’arrêtera jamais) — ça veut dire d’abord qu’à être minoritaires, à n’avoir personne qui en ait quoi que ce soit à foutre de nos gueules, avec la littérature on tient un truc vraiment cool. (Un outil finalité devenu à son tour électrique électronique super on va pouvoir faire un max de bruit))) - Secondo --------------------------------------- eh bien qu’on a plus que jamais besoin d’architectures sonores à parcourir s’y gorger de cris de joie et de colère, de groupes comme Ania et le Programmeur capables de moduler (ensemble) les soupirs de la sainte et les cris de la fée. Parfois je me dis ------ qu’à la fin nous n’avons fait que reproduire des modèles de rupture --- non pas seulement nous qui d’emblée avions flairé le danger, mais aussi d’autres plus intelligents/moins avertis --- que l’écart entre la théorie et les pratiques n’est pas nécessairement une mauvaise chose --- qu’à force de peser le pour et le contre je me suis brisé les reins --- qu’écrire ensemble un livre sur mon père — le Pillage — a été notre façon de le « remercier » de m’avoir appris ce qu’à treize ans tu avais déjà soupçonné sans aide extérieure : rien, il n’y a rien hors la mort LA MORT EST LE SENS DE LA VIE DE MON PÈRE (d’où mon dégoût du sérieux, notre résignation sarcastique qu’avec effroi j’ai vu bientôt contaminer l’univers, j’ai voulu dire (prêchant dans le proverbial désert, ne disant déjà plus rien en fait) : N’y allez pas, vous ne comprenez pas ce chemin --- qu’il est sans doute trop tard bien trop tard pour gueuler (sens unique sens unique sens unique sens unique sens unique sens unique par pitié rendez-nous le bon vieil Absurde qui au moins n’en avez pas.))) TROP TARD pour TOUT LE MONDE----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------- Et ce qui me plaît finalement chez Ania et le Programmeur, c’est qu’ils s’en foutent.
fm.
samedi 14 mars 2009
NORD SUD - Poèmes squelettes et autres propos de Salon
(poèmes squelettes)
Célèbre bas-fond fait penser
à et aux
mais aussi à
plein de
de
de
étonne par sa modernité
criminel fatalité crime
chant symphonie rumeur
hurlements sanglots et râles
délabrés
minables
Blanche et sèche
Type même
Complet construit
— Passionnante mais anecdotique
Fondamentaux
Libertés droit incommunicabilité
Solitaire grand
— Généreuse et courageuse
D'une traite en haletant
C'est déchirant
C'est qui dit et aujourd'hui
C'est là
Capital
FLUIDE 255
Nichons
Plage
Approcher
Angoisse
Faux
Peur
Fille
Faux
Beurre
Fille
--- jeudi dernier inauguration du salon du livre une fois n’est pas coutume le dernier mot revient à la presse gratuite c’est cela qu’il aurait fallu lire religieusement sur les stands amuse gueule direct soir sortez du quotidien la lecture doit être un moment de détente et pas une prise de tête donc j’aime bien les romans qui se laissent lire comme ceux de Marc Lévy ou Nicole de Buron que je lis actuellement sinon mon livre de référence c’est l’homme qui marchait dans sa tête l’année dernière je n’ai lu qu’un seul livre je suis plutôt adepte des magazines surtout ceux consacrés au sport et au cinéma il m’arrive d’en lire deux ou trois par mois en revanche même si je lis très peu de romans cela ne m’empêche pas de connaître les classiques comme Alphonse Daudet ou Guy de Maupassant comme tout le monde j’ai lu à l’école les grands classiques comme Molière aujourd’hui je lis des écritures comptables toute la journée alors le soir quand je rentre je n’ai pas envie de me plonger dans la lecture mais plutôt de regarder la télévision je lis environ trois livres par an surtout de la philosophie je n’ai pas beaucoup de temps à accorder à la lecture quand je rentre le soir je suis trop fatiguée pour lire avez-vous un lieu un endroit particulier où vous aimez lire l’Italie une façon très personnelle inattendue de relayer l’idée militante d’un devenir minoritaire de la littérature éditos Jacques Séguéla Jean-Marc Morandini ça veut tout dire nous direz vous blâmer le divertissement peut-être mais là permettez tout de même le débat n’est pas clos après tout bien qu’ayant traversé les âges aucun mutant anachronique n’aura jamais été assez con pour aller s’enfermer dans le désert SVP mimez les guillemets de Port-Royal ou ceindre un cilice la preuve on vient de faire à l’instant une concession majeure au mainstream en rétablissant les majuscules à tous les noms propres les correcteurs d’orthographe vous renvoient impitoyables à vos chers études avec leurs petits zigouigouis rouges dès qu’on sort des rails ça rend fou de les regarder je sais pas vous il appuie le canon de l’arme contre sa tempe désormais conscient qu’ILS se sont emparés de son esprit mais à la longue je me conforme ---
(PUBLICITÉ)
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- NORD SUD, simili Best Of -
Le texte le plus baroque au sens littéral, avec de vrais anges au plafond : Le Jardin des délices.
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Le quatre mains le plus récent : L’Automne à Beijing.
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Au choix le post le plus glacial : Tomographie anachronique, ou le plus glaçant: Life is Soap.
+
Le pastiche le plus respectueux : Blonde.
+
Le meilleur titre : celui-ci.
Rien de tout cela n’est en librairie mais les auteurs, eux, y sont.
Bien fait pour eux.
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--- comment ça il est pas arrivé vous m’aviez dit vendredi c’est une rupture éditeur imprévisible ça ne devrait pas durer je ne peux pas être plus précise l’éditeur ne m’a pas donné de date de disponibilité tu avais raison Fred de prévenir qu’on finirait par ce conformer fatalement je dois rétablir aussi la ponctuation pour quand l’autre en face s’exclame s’interroge: alors je l’aurai quand ? je vous ai dit je n’ai pas de date j’ai votre numéro je vous fais signe dès qu’il arrive oui mais quand même vous me dites vendredi et moi je viens exprès et puis en fait vous l’avez pas quoi faut pas vous plaindre qu’on aille à Carrefour après, Frédéric n'est plus mort à ce stade mais Emma au sud est seule je suis désolée je n’ai pas assez pour vous rendre la monnaie sur cent euros ah ben démerdez-vous je ne peux pas la librairie est ouverte depuis trente minutes et les quatre clients avant vous m’avaient eux aussi que des gros billets non mais merde quand même c’est votre boulot d’avoir la monnaie faut pas vous plaindre si on va à Carrefour après vous m’avez appelée téléphoniquement je viens chercher mon livre vous me rappelez votre nom ? XXX, je n’ai aucune commande à ce nom je vais essayer avec une autre orthographe non rien quel est le titre du livre ah mais je me rappelle plus moi et vous êtes sûre d’avoir donné ce nom-là quand même je sais comment je m’appelle, certes, et tu constateras qu’en loucedé j’ai commencé à rétablir également les virgules on commence comme ça puis le lendemain c’est la peine de mort qu’on rétablit, ah mais attendez essayez avec YYY voilà je vous ai trouvée ah bé alors c’est pour ça c’est mon nom de jeune fille mais bon c’est mon nom quand même et à Carrefour on vous demande pas votre nom à la caisse hein au petit il lui faut le malade imaginaire c’est pour l’école on lui demande une édition particulière ah je crois pas ce qu’il faut surtout c’est le livre pas la pièce ah mais le malade imaginaire c’est une pièce ah bon vous avez pas le livre alors si regardez le voilà oh mais c’est quoi ce truc c’est écrit partout là ce sont des didascalies des indications de jeu si vous voulez eh bé c’est la pièce moi je veux le livre je vous dis bon allez on va à carrefour ils l’ont eux ---
En larmes à la pâtisserie, je commande une galette des rois. Je suis fatiguée des cons. La dame me sourit et sans rien dire m’offre une boîte de chocolat. Quand je l’ouvre, je peux lire « Servir c’est régner » inscrit au stylo sur le rabat en carton.
fm+emd.
Poèmes squelettes : © www.stase.org (notre QG historique).


