lundi 1 septembre 2008

SUD - Rewind << Skip Intro >> Fw

Le désir est toujours là, la colère ne me quitte pas et pourtant, je fume toujours pas mal de shit, j’essaie de me calmer. Être adulte, c’est se remettre en cause : on se demande chaque jour si on a bien fait son travail. Au boulot et à la maison aussi. Finalement la vie de famille, c’est comme gérer une petite entreprise. Optimiser les achats, faire des listes, recruter la baby-sitter, veillez à ce que tout ce petit monde ait du linge propre. Faire disparaître poussière, toiles d’araignées, traces de gras. Gérer le stress et planquer l’ennui. Être de bonne humeur, faire des crêpes, trouver le sapin super cool. Pour être Adulte, il faut être bien dans sa tête, être très équilibré. Et aujourd’hui beaucoup de gens ont « un pet de travers ». J’imagine que j’en fais partie.
— À quand remonte le passage à l’âge adulte ?
— Au mois de septembre 2002. Le 3 exactement.

Tu as cassé ton portable. Perdu ta nouvelle adresse. Retrouvé la mienne. Nous sommes tombés d’accord sur le fait que nous étions devenus de vrais cons chacun de notre côté. La répétition semble favoriser cette désactivation. La nuit se délave gris sale comme un vieux jean noir. L’intuition me jette dehors pour échapper au spectacle. Un visage évanoui, une chaussure, un morceau de jambe. Des clopes fument toutes seules dans les cendriers. Le lecteur DVD a encore planté. En image fixe, Bowie blond platine chapeau et costume de lin blanc sort du Raffles Hôtel. La fin de soirée tourne en boucle depuis plus de 17 ans.

Je me suis rachetée une platine vinyle. En fait non, pour être précise, c’est lui qui me l’a offerte pour mon trente troisième anniversaire. Quand il veut être gentil il dorlote comme ça mon appétit pour le passé qui n’est même pas une quête du soi-disant paradis perdu de l’enfance. Car j’en suis sûre, je n’ai jamais été enfant. Ma mère n’avait pas la patience.
« Il faut que je te dise quelque chose. C’est pas facile. Tu as 5 ans, tu es intelligente et sensible. Je sais que tu peux m’écouter. Papa et moi, on va divorcer. Ça veut dire qu’on ne vivra plus ensemble. Mais il ne faut pas que tu sois triste. On continuera à vous aimer toi et ta sœur, on sera toujours vos parents. Mais voilà, on ne s’aime plus alors on a pensé que c’était mieux de se séparer plutôt que de continuer à se battre.
— Ah. »
Je me suis forcée à pleurer. J’ai senti que c’était ce que l’on attendait de moi. Mais en dedans je me suis dit super il se passe enfin quelque chose. Et c’est là que maman, croyant se blinder (comment expliquer une pareille absence de lucidité ? je me demande aujourd’hui si elle n’était pas feinte) s’est mise à me faire miroiter la vie la plus géniale que j’aurais pu imaginer :
« Vous irez chez papa un week-end sur deux. Il aura une nouvelle maison et il vous gâtera sûrement parce qu’il ne vous verra plus tous les jours. La vie ici te semblera moins belle parce que je ne pourrai pas en faire autant. Il va falloir que je me débrouille avec un seul salaire, enfin, je veux dire, je n’aurai pas beaucoup d’argent pour vous gâter. Ça il faut le comprendre. Mais je vous aime de tout mon cœur, vous êtes mes petites filles adorées. La prunelle de mes yeux. »

Ça ne s’est pas tout à fait passé comme ça. Pas de blâme. Mais j’y reviendrai. « La force est en vous. » Il faut « reprogrammer les vieux enregistrements », écrivait Louise L. Hay, gourou de la parapsychologie américaine. Que les gens divorcent, on s’y est habitué. Après il y a aussi la capacité qu’ont certaines personnes à réinitialiser totalement leur disque dur.

Plus tard dans la vie. En demi-pointes sur la table basse, je tire sur la chaînette du ventilateur. Les pales brassent l’air chaud et poisseux qui monte de la rivière. La petite forêt vierge sur le balcon entre dans la chambre par la fenêtre. Un ibiscus oranger a fleuri juste sur le rebord. Au téléphone c’est lui qui est loin. Les constellations invitent à s’allonger sur les toits. Avec les chats. Je lui fais partager ce moment artificiellement romantique. En vrai, je m’ennuie un peu. Mais je suis bien. L’été. C’est l’été. Peut être parce que je suis née en cette saison, ce mois, juillet, c’est mon préféré. Avant le soleil et la chaleur font des caprices. En août, on pense déjà à la rentrée, les jours raccourcissent. Cette fleur par la fenêtre, bouger nue. Tous les ans à la même époque, surgit Arcachon. La recréation à l’identique de connexions données d’une configuration est (c’est toi qui m’a dit ça) le seul moyen d’échapper aux filets du Temps, ce qui, d’ailleurs, n’est souhaitable que jusqu’à un certain point.

Nous sommes le 3 septembre 2007. Il est 19h30. J’attends. Ma petite fille aussi. En fait elle trépigne. Je lui ai dit que ce serait bien que papa soit là pour qu’elle ouvre ses cadeaux et souffle ses 5 bougies. Avant, il fabriquait des guides de voyages remplis d’horaires de bus — quand il attendait une info incontournable, il la remplaçait dans le texte le temps qu’un rédacteur la lui confirme par une ligne de X. Bientôt 20h. Ma petite fille s’impatiente. Qu’est ce que je suis censée faire ? Une ligne de XXXXXX ? Alors je pense que finalement, je suis la personne la plus adulte dans cette maison.

1 commentaire:

Aloïs Hiller a dit…

Rien que le titre, déjà. On vous suit.